Rencontre avec le père de Salah, symbole du combat pour la justice.

En délégation avec d’autres jeunes en Palestine, j’ai eu l’honneur de rencontrer, l’espace d’une soirée, le père de Salah Hamouri. Une rencontre humaine, politique où l’âpreté de l’injustice se mêle à la volonté de résister et au désir de vaincre. Témoignage.

En visitant les quartiers de Jérusalem Est, pour se rendre compte de l’Etat de la colonisation de la capitale légitime du futur Etat palestinien, nous rencontrons Zyad. Membre du PPP (Parti Populaire Palestinien, l’équivalent du parti Communiste), il est le cousin du père de Salah Hamouri, Hassen. Les échanges que nous avons avec lui sont forts, enrichissants et constructifs. Alors, comme nous lui parlons du combat du Mouvement des Jeunes Communistes de France (relayé par le journal Avant Garde) pour la libération de Salah, il nous propose de nous présenter à son cousin. Le lendemain le rendez-vous est pris et c’est le soir même que nous avons le plaisir de rencontrer cet homme de petite taille dont le visage rappelle presque trait pour trait celui de Salah. L’émotion est au rendez-vous. Chacun se présente. Commence alors l’échange.

Un prisonnier politique parmi 8 000

Hassen Hamouri nous parle de son fils qui refuse systématiquement d’aborder son cas personnel. Il met un point d’honneur à parler de la situation des prisonniers politiques en Palestine. Ils sont, encore aujourd’hui, 8 000 à croupir dans les geôles israélienne sans raison valable.

L’histoire de Salah, qu’il nous remémore, en est l’un des exemples. Salah se promène avec l’une de ses connaissances. Pas encore engagés politiquement, ils discutent de la situation et flânent dans Jérusalem. Sur le chemin, ils passent non loin de la maison d’un dignitaire religieux. Trop près semble-t-il. Les deux compères sont dénoncés par l’un des sbires du dit Rabin. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, Salah est arrêté, son compagnon s’en sort.

Accusé d’avoir eu l’intention de porter atteinte à la vie du Rabin, Salah, 19 ans à peine, risque 14 ans de prison sauf à avouer. Cela diviserait sa peine probable par deux. Sous la pression, il cède bien qu’aucune preuve ne vienne étayer cette accusation. Salah Hamouri est condamné à 7 ans de prison.

Un combat pour la justice

Hassen Hamouri nous explique que Salah, âgé de 26 ans maintenant, n’est plus le même. Après 6 ans de prison, il a gagné en maturité et en réflexion. « La prison c’est une très bonne école de la vie». D’ailleurs, nous apprenons que Salah a côtoyé Marwan Barghouti pendant plus de 3 ans, ce qui l’a beaucoup aidé. Pour autant, Hassen nous souhaite de ne pas aller en prison, « l’université c’est quand même mieux ». Rire.

De plus en plus téméraire, Salah refuse de se taire, refuse de demander une grâce, refuse de s’excuser. Il veut être reconnu innocent. « Avant d’aller en prison, mon fils était un jeune Palestinien comme un autre. En le détenant sans aucune raison valable, les autorités israéliennes ont fait de lui un homme public. Il a aujourd’hui plus de poids, plus de volonté, plus de soutien ! » La fierté du père n’est pas feinte.

Le silence coupable du gouvernement français

Hassen Hamouri en veut au gouvernement français qui fait si peu pour le cas de son fils alors que pour Florence Cassez ou d’autres il a été si volontaire. Il ne comprend pas ce déni de justice. Ou peut-être que si… Il pense que l’Etat français ne veut pas de « mésentente » avec le gouvernement israélien. Pourtant, il sait que les Français sont pour la justice et que ceux qui connaissent la situation de son fils se prononcent pour sa libération. Il a vu les affiches. Nous en profitons pour lui montrer celle des jeunes communistes. Il ne la connaissait pas encore. Il souhaite en avoir des exemplaires pour lui et pour son fils quand il sortira. Salah sera normalement libéré le 28 novembre prochain au terme de ses 7 années d’emprisonnement.

Une vie à se réapproprier

Nous lui demandons ce que Salah compte faire à sa sortie : « Il ne sait pas très bien. Vous savez, il a passé presque toute sa jeunesse en prison. Il y a tant de choses à faire, à voir, à rattraper – même si on ne rattrape pas 7 ans coupé du monde -. »

Un Palestinien, membre du PPP, ancien prisonnier politique, qui assiste à la rencontre nous explique que celles et ceux qui sont restés trop longtemps « à l’ombre » ont besoin d’un temps d’adaptation. Il faut en général un an pour se réhabituer à la vie. « Quand pendant des années tu es enfermé dans une pièce de 3 mètres sur 3, cela attaque ton corps et ton esprit. Il faut du temps et de la force pour s’en remettre. »

La France ? Selon son père, Salah a très envie d’y retourner pour aller remercier toutes celles et tous ceux qui l’ont soutenu, qui l’ont fait connaître, qui lui ont écrit. Cela étant, Salah veut vivre en Palestine. Et son séjour en France dépendra des garanties qu’il obtiendra de pouvoir revenir à Jérusalem, sa ville. Les autorités israéliennes tentent de vider la ville des Palestinien et l’une de leurs méthodes consiste à ne pas laisser revenir ceux qui sont partis à l’étranger.

Après deux heures de discussion – la traduction a pris du temps, Hassen ne parle pas beaucoup anglais, nous non plus d’ailleurs – nous nous séparons, heureux de cet échange. Poignées de main, embrassades, photos de famille, mais pas d’adieu juste un « au revoir » car le combat continue.

Anthony D.

via l’Avant Garde


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